« Le lièvre aux yeux d’ambre », la passion du toucher

Edmund de Waal, céramiste de renom, est l’héritier et l’actuel propriétaire d’une étonnante collection de netsuke, des miniatures japonaises, dont il raconte l’histoire mouvementée, et parmi lesquelles figure un certain lièvre aux yeux d’ambre.
Ces petites figurines, en bois ou en ivoire, plus rarement en porcelaine, en corne ou en ambre, qui représentent des personnages, des animaux ou des objets, mesurent entre 2 et 15 cm et à l’origine étaient portées à la ceinture, accrochées à l’obi comme une parure.

De PARIS à TOKYO, en passant par VIENNE, il nous fait remonter le temps et le fil de l’histoire de ces 264 curieux petits objets, qui ont été acquis par son arrière grand-oncle Charles Ephrussi, transmis à d’autres membres de cette famille, puis à lui.
Charles Ephrussi, qui inspira à Proust le personnage de Swann, fut le patriarche d’une des plus grandes familles de la bourgeoisie juive du XIXème siècle. Amateurs de littérature, collectionneurs d’art et mécènes des impressionnistes, les Ephussi menèrent grand train entre Paris et Vienne, jusqu’à ce que le pillage nazi et la guerre les précipitent dans l’exil et la tragédie. De leur splendeur, égale en son temps à celle des Rothschild et des Camondo, rien ne survivra, sinon cette collection de netsuké, acquise à la fin du XIXème siècle à Paris, conservée dans une vitrine gainée de velours vert, menacée par le pillage nazi des biens juifs à Vienne en 1938, sauvée par une servante non-juive qui les subtilisa un à un, les cacha sous son matelas pendant des années, puis les rendit à Elisabeth Ephrussi, l’héritière survivante après la guerre, en 1945.

Le livre, passionnant, nous fait remonter l’histoire de cette famille qui se déplace entre la Russie, l’Autriche, l’Allemagne, la France, l’Angleterre et le Japon. Et l’on se prend à rêver de posséder l’une de ces petites figurines, « faites pour être touchées », pour en examiner les minuscules détails, le faire tourner entre ses doigts ou le garder au fond de sa poche, comme un porte-bonheur mystérieux…

« Passion du toucher, découverte tactile… le japonisme  et le toucher forment une combinaison attrayante ».

Le lièvre au yeux d’ambre
Récit d’Edmund de WAAL
Editions FLAMMARION – Champs

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