LIU BOLIN le photographe invisible

Hiding in the City 36 - 2007 - © LIU BOLIN - Galerie Paris-Beijing

« J’ai décidé de me fondre dans l’environnement. Certains diront que je disparais dans le paysage ; je dirais pour ma part que c’est l’environnement qui s’empare de moi ».

Sculpteur, performeur, et photographe, surnommé « l’homme invisible », LIU BOLIN est né en 1973 dans la province de Shandong (au sud de Pékin). Il étudie à l’Académie des Beaux-Arts du Shandong avant d’obtenir son diplôme aux Beaux-Arts de Pékin en 2001. Il vit et travaille à Pékin.

Comment est venue à cet artiste l’idée de disparaître dans les éléments ? Tout commence en 2005, quand le gouvernement chinois détruit l’atelier où il travaillait comme assistant-sculpteur, à SUO JIA CUN, un village proche de Pékin, en prévision des jeux olympiques de Pékin. Pour protester, LB décide de se mettre en scène en s’intégrant dans les décombres de son atelier d’artiste. Ce sera sa première œuvre personnelle, lui seul, invisible devant ce qui est détruit. La première de la série « Hiding in the City ». A partir de là, LB se cache dans toute une série de lieux et d’environnements variés, et décide de faire de sa disparition une protestation silencieuse, une contestation muette.
En Chine, LIU BOLIN s’est fait disparaître dans des lieux emblématiques comme la Cité Interdite, le Temple du Ciel, la Grande Muraille et devant un portrait de Mao.

En 2007 il expose à aux Rencontre d’Arles, puis à New York et en Italie.
Et depuis, dans des galeries et des musées à travers le monde entier. D’abord avec des séries de photographies où il se révèle, en extérieur ou en intérieur, devant des monuments, des bâtiments, des paysages, des chantiers…ou en intérieur, devant des rayons de magasins, des escaliers, des coffres forts, des œuvres d’art…
Depuis quelques années, il a collaboré avec différents artistes et créateurs pour des projets communs : JR, RERO (street artist), VALENTINO (installation camouflage), Alber ELBAZ, Jean Paul GAUTIER, Angela MISSONI (pour Harper’s Bazaar), BON JOVI (pochette album )… Pour la 2ème fois en 2017, il vient de se faire photographier par la photographe américaine ANNIE LEIBOVITZ, dans des décors nordiques de glace pour la campagne de la publicité « hiver » des doudounes MONCLER.
Récemment il a consacré une série de photos à l’environnement, et aussi réalisé une sculpture, une installation, et une vidéo (à voir dans la galerie qui le représente en France : PARIS-BEIJING – 62, rue de Turbigo – 75003 Paris).

Sa technique est à la fois simple, longue et fastidieuse : LIU BOLIN se fait recouvrir de peinture pour se fondre dans le décor qu’il a choisi.
Tout d’abord il pose devant son arrière-plan et se fait photographier. Puis il y a un long travail de repérage photo, de calepinage, de peinture sur ses vêtements pour reproduire sur son costume Mao (ou parfois maintenant un T-shirt+pantalon) la partie exacte du décor devant lequel il se place. Ce travail est en partie réalisé en atelier et peut et durer plusieurs jours, avec l’aide de ses  peintres-assistants.
Ensuite il endosse son costume peint et pose à nouveau pour les retouches, la peinture du visage, des mains, des pieds… pendant plusieurs heures, immobile, les yeux fermés.
Enfin, il se fait photographier, sans aucun trucage numérique,: Hasselblad numérique, prise de vue frontale, cadrage large, lumière naturelle, images nette partout… La performance est alors figée par la photographie,  et il faut parfois plusieurs minutes aux spectateurs-visiteurs pour distinguer les contours de cet homme-caméléon.

Au premier abord on pourrait penser que le travail de LIU BOLIN est anecdotique, mais son œuvre met au défi notre sens de l’observation et en réalité, l’artiste se rend invisible pour mieux se faire remarquer. En «hackant» des lieux et des environnements hautement symboliques, avec constance, identique à lui-même, toujours immobile, silencieux et yeux fermés, il révèle le lieu ou l’environnement devant lequel il pose.
Dans ses séries de photographies «Hiding in the city» et «The invisible man», il a essentiellement développé 4 thèmes, que l’on retrouve dans la rétrospective de la MAISON EUROPEENNE DE LA PHOTOGRAPHIE :

  • Politique et censure
  • Information, médias et liberté de la presse
  • Société de consommation
  • Tradition et culture chinoise

Ses clichés, souvent ludiques, sont porteurs d’une forte charge symbolique :

  • Caché devant un drapeau, il nous montre comment l’individu se perd dans une identité collective
  • Noyé dans le rayon d’un supermarché devant des canettes de boissons importées, il dénonce la société de consommation

Depuis 2008, LB poursuit sa série de Beijing « Hiding in the City » avec deux séries dérivées de performances capturées dans toutes sortes de lieux et de décors. En particulier dans les paysages urbains ou lieux emblématiques de Paris, Venise, New-York …  Il choisit Venise pour son importance au sein de la tradition de l’art occidental, et New-York pour la puissance des conflits sous-jacents entre les humains et les objets qu’ils créent. Pour servir son projet, LIU se peint lui-même dans ces contextes socialement chargés tels que Wall Street et le Mémorial du 11 septembre.

Mais en fait, chacun peut interpréter librement les images de cet homme-caméléon

VISIT’ART aime :

La couleur « pure et dure »: les couleurs des images, parfois très vives (rayons de magasins…) toujours au plus proche de la réalité.

La performance technique photographique : Pas de trucage à la prise de vue, pas de retouche numérique, mais du temps, un appareil photo et une parfaite connaissance du cadrage et de la lumière, indispensable source de la photographie.

La variété des lieux et des environnements (monuments, paysages, sites, intérieurs, magasins…) qui contraste fortement avec l’application, la minutie acharnée, le sens du détail poussé à l’extrême, le côté systématique et répétitif du procédé, toujours perfectionné.

L’humour, l’apparence ludique des mises en scènes au premier abord, qui se fait oublier avec la force de l’émotion suscitée, déclenchée ensuite quand l’image devient lisible, qu’on y distingue l’artiste, et qu’on perçoit son message (politique, social, écologique…)

Pour en voir et en savoir plus, quelques liens de photos et de vidéos :

Le site de LIU BOLIN  (2016) : http://www.liubolinart.com/

Un article récent dans TELERAMA : http://www.telerama.fr/sortir/liu-bolin,-le-cameleon-de-la-photo-qui-denonce-la-surconsommation,n5199581.p

Un reportage du JT de France (2017) : https://www.youtube.com/watch?v=qDQcXvhEk0E

Des images et des questions/réponses de LIU BOLIN (2016) : http://www.issueno206.com/liu-bolin-the-invisible-man/

Le point de vue d’un photographe sur LIU BOLIN : http://www.galerie-photo.com/liu-bolin-art-camouflage.html

La technique de camouflage de LIU BOLIN : https://www.smithsonianmag.com/videos/category/science/how-does-liu-bolin-make-himself-invisible/

LIU BOLIN et JR à NEW YORK : https://www.freshnessmag.com/2012/04/04/jr-x-liu-bolin-elizabeth-street-artwork-behind-the-scenes-video/

 

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